En quoi le théâtre permet-il de persuader et démouvoir ?
- La catharsis et l'identification
- L'émotion et la persuasion passent par la force des mots au théâtre
- L'importance de la mise en scène et du jeu des acteurs
« Le théâtre est le domaine de l'apparence », déclare Louis Jouvet.
Le théâtre en mettant en scène des situations reflétant la réalité peut donc émouvoir, c’est-à-dire susciter de l’émotion, captiver le lecteur ou le spectateur, mais aussi le persuader, c’est-à-dire lui transmettre un message, le convaincre, en faisant appel au sentiment autant qu'à la raison. Mais, avec l'absurde au XXe siècle, la réalité n'est plus. Pourtant le lecteur continue de s'émouvoir devant des scènes marquées par la détresse d'un monde que l'homme ne comprend pas. Les pièces d'époque comme celles de Molière présentent elles une réalité révolue, mais cela n'empêche pas l’auteur de l’École des femmes, de nous persuader de l'hypocrisie des nobles de l'époque.
Depuis la création du théâtre au Vème siècle av J-C par les Grecs jusqu'à aujourd'hui, celui-ci a toujours réussi à capter l'attention du lecteur et du spectateur en arrivant à les émouvoir et les persuader. Les personnages eux-mêmes en persuadent d'autres pour faire avancer l'action. En quoi le théâtre permet-il donc l'émotion et la persuasion aussi bien chez les lecteurs que chez les acteurs eux-mêmes ?
[...] Il y dénonce les privilèges des nobles en faisant rire toute la Cour. Ainsi, attiré par les charmes de Suzanne, la fiancée de Figaro, le Comte d’Almaviva envisage de restaurer le droit de cuissage du seigneur, qui lui permet de goûter aux charmes de toute jeune mariée avant que le mari ait pu en profiter. Figaro dans un long monologue très percutant, fait alors remarquer que ses privilèges ne tiennent sur rien de plus que la naissance : “Parce que vous êtes un grand Seigneur, vous vous croyez un grand génie! [...]
[...] En revanche, il est très facile pour une femme de s’assimiler au personnage d’Elvire dans Don Juan de Molière. Après la fuite de Don Juan à la campagne au début de la pièce, Elvire, sa femme le retrouve et se présente alors aux spectateurs comme une victime, une femme délaissée par son mari, séducteur invétéré. La femme trompée, délaissée est un personnage intemporel qui provoque de l’émotion chez le lecteur ou le spectateur, la situation dans laquelle se retrouve Elvire pouvant provoquer un certain sentiment de colère. [...]
[...] Il tue tout le monde, viole des femmes et recherche le pouvoir absolu pour combler le vide de sa vie. Le totalitarisme est ainsi représenté sur scène, avec un personnage aveuglé par son pouvoir absolu, prêchant la violence Il n'y a que la haine pour rendre les gens intelligents (Acte II, scène 14). Publiée en mai 1944, alors que la France est encore occupée, cette pièce est une dénonciation de la situation de l’époque, un acte politique. À notre époque, la pièce continue de diffuser ce message, c’est un réquisitoire contre le pouvoir absolu et totalitaire qui peut toujours ressurgir. [...]
[...] /Faut-il punir le père de Chimène ? L’émotion apparaît aussi dans des suppliques, comme celle d’Andromaque chez Racine, qui placée dans une situation impossible par Pyrrhus (celui-ci, neveu du meurtrier de son mari Hector, ne libèrera son fils Astyanax que si Andromaque l’épouse) le supplie d’avoir pitié pour elle à la scène 6 de l’Acte III : Seigneur, voyez l'état où vous me réduisez/J'ai vu mon père mort et nos murs embrasés/J'ai vu trancher les jours de ma famille entière/Et mon époux sanglant trainé sur la poussière Les figures de style permettent aussi aux lecteurs de sentir l’émotion dans laquelle le personnage se trouve. [...]
[...] Pour Ionesco : “Tout est langage au théâtre, Tout n'est que langage”, c’est grâce aux mots, que les personnages se persuadent les un et les autres. Dans Andromaque de Racine, Andromaque essaie de convaincre Céphise sa confidente ; qu'elle ne peut pas épouser Pyrrhus en dressant un portrait péjoratif de celui-ci à la scène 8 de l’Acte III : “Songe Céphise à cette nuit cruelle/Qui fut pour tout un peuple une nuit éternelle./Figure toi Pyrrhus les yeux étincelants,/Entrant à la lueur de nos palais brulants,/Sur tout mes frères morts se faisant un passage,/Et de sang tout couvert échauffant le carnage [ . [...]
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