Tchernobyl et les médias
- Tchernobyl : entre catastrophisme et sensationnel
- La presse et ses titres sensationnels
- Le « syndrome catastrophe »
- L'angoisse nucléaire
- Tchernobyl : « une média-gate » ?
- La mondialisation des 2000 morts
- Un traitement de l'information différent selon les tendances politiques des journaux
- La France miraculée dans la presse
- La communication en temps de crise
- Le traitement de l'information par la presse nationale française : l'exemple du Libération
- La censure soviétique
- A nuancer
- L'après-Tchernobyl et la presse : entre recherche de vérité et prise de conscience
- Les mesures prises en faveur des populations
- La remise en cause de l'énergie nucléaire
- Des impacts sanitaires partiellement dévoilés
En 2006, l'Europe commémorait un triste anniversaire. En effet, vingt ans auparavant, un réacteur de la centrale nucléaire de Tchernobyl succomba à une explosion qui provoqua un véritable chaos dans la région. Pour la presse, cet anniversaire fut l'occasion de revenir sur cet évènement polémique, véritable bombe à retardement, qui a bouleversé l'Europe entière Depuis une soixantaine d’années, l’Homme s’est aperçu des avantages de cette énergie qui lui est devenue indispensable. Ceci explique alors l’apparition de nombreuses centrales dans les pays industrialisés. Cependant, cette énergie novatrice, qui apparaissait comme une solution au problème des énergies non renouvelables, comme le pétrole ou le charbon, a rapidement révélé sa dangerosité avec l’écho rencontré par l’accident de Tchernobyl.
Cette petite ville est située en Ukraine, à 160 km de Kiev, à 600 km de Moscou, et à 2000 km de Paris. La centrale a été construite à proximité de zones peuplées qu’elle devait fournir en électricité. En avril 1986, 110.000 personnes y vivaient dans un rayon de trente kilomètres. L’accident de Tchernobyl n’est pas survenu lors du fonctionnement normal de la centrale. C’est en poursuivant obstinément un essai électrique mal préparé, destiné paradoxalement à améliorer la sûreté du réacteur n°4 de la centrale de Tchernobyl, que des opérateurs ont conduit ce dernier dans une situation progressivement irréversible qui a débouché sur un accident grave. Le samedi 26 avril 1986, un peu après 1 h du matin, une explosion thermique survient pendant les essais du réacteur nucléaire du 4ème bloc énergétique. Rappelons qu’il ne s’agit pas d’une explosion nucléaire, comme celle d’une bombe atomique, mais d’une explosion d’hydrogène, dont le caractère catastrophique vient de ce qu’elle disperse dans l’atmosphère des substances radioactives.
Le réacteur détruit libère des doses mortelles d'aérosols radioactifs. Le responsable de l’équipe de nuit pense que le réservoir de secours du système de commande de la protection a explosé, et que le réacteur est intact. Cette hypothèse présente un avantage, elle est la seule qui innocente l’équipe. Ainsi, Tchernobyl a commencé par une formidable rétention d’information : pendant un jour et demi un réacteur nucléaire a brûlé à ciel ouvert dans le silence le plus total. L’effet « bombe à retardement » de la nouvelle en a été d’autant plus marqué. La centrale nucléaire, la ville de Prypiat, et le territoire dans un périmètre de 30 kilomètres, subissent alors une pollution radioactive importante. Peu à peu, le nuage radioactif touche tout l'hémisphère nord (Europe, Atlantique, Canada, USA, Chine, Japon). Il s’est écoulé trois jours avant que les citoyens soviétiques aient eu connaissance des événements qui s’étaient produits chez eux, et que les autres pays en soient officiellement informés. Certains en ont conclu que les autorités soviétiques avaient d’abord espéré garder le secret, et que si des nuages radioactifs n’étaient pas arrivés au-dessus de la Scandinavie, on n’aurait jamais su qu’il s’était passé quelque chose en Ukraine.
[...] Aucune dépêche d’agence, le lundi 28, ne parle de catastrophe mais seulement d’accident. Pourtant, ce concept s’est imposé en quelques heures : parti d’une dépêche soviétique mentionnant les termes d’« accidents et de victimes il s’est appuyé sur le fait que, le mardi soir, Moscou ait demandé à la RFA et à la Suède une aide technologique pour éteindre le feu de graphite du réacteur, donnant ainsi la preuve de leur absence de maîtrise du processus. Sur 13 quotidiens datés du 29 avril parlent encore d’accident. [...]
[...] Pour finir, le dernier article est accompagné d’une bande dessinée (humour noir) qui met en relation les deux faits d’actualités : la catastrophe nucléaire de Tchernobyl et la fête du Travail du 1er mai 1er mai radio-actif. C’est le bouquet ! en référence au muguet. Par ailleurs, le Libération du 1er mai 1986 est assez bien illustré, tous les genres y sont présents : un schéma explicatif d’une coupe d’une centrale nucléaire en pied de page une photo de la centrale nucléaire de Tchernobyl à la fonction illustrative au centre de la page une carte géographique des centrales nucléaires en U.R.S.S. [...]
[...] Partout des mesures sont adoptées. Très vite, la différence de comportement entre la France et ses voisins commence à inquiéter, tant à l’intérieur de l’hexagone qu’au-delà. Le Figaro du 2 mai parle d’un nuage radioactif (jugé sans gravité) Au cours de l’article, Le Figaro souligne même que les dispositifs de mesure et d’alerte mis en place n’ont toujours pas permis de déceler un taux de radioactivité constituant un danger réel pour les populations Cet article fait suite au quatrième communiqué de M. [...]
[...] La France miraculée dans la presse Une fois apaisées les polémiques sur le nombre de morts en Union Soviétique et la sécurité offerte par les centrales nucléaires européennes, la crise de confiance commune à l’Europe va se cristalliser sur le trajet du nuage radioactif qui, à partir de l’Ukraine, est poussé par les vents vers le sud de l’Europe. Quelle est sa toxicité ; quelles mesures préventives de sécurité sont conseillées ? Dès la première semaine, les gouvernements des pays voisins commencent à publier des informations sur l’augmentation des taux de radioactivité ambiante. [...]
[...] Alors, un processus international d’information et de contrôle du nucléaire va être mis en place. De surcroît, tous ces titres alarmistes ont accru les rangs du mouvement écologiste. Ils ont permis une véritable prise de conscience sur les dangers du nucléaire, et ce, même dans les catégories de population moins cultivées. En effet, c’est désormais l’Humanité qui est menacée. Aussi, des études ont été menées pour démontrer les mensonges de la presse. Comme les propos des journalistes assurant au lectorat que les risques radioactifs sont impossibles en Europe, car l’enceinte extérieure de confinement est hermétique et ne laisse donc pas sortir des centrales nucléaires dans le pire des cas, comme le prouve selon eux le cas de Three Miles Island en 1979. [...]
L'énergie nucléaire :Problème, nécessité, risques, conséquences, débats ?
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